REVUE ET GAZETTE MUSICALE de Paris 1853

N° 1, du dimanche 2 janvier 1853

p.7 : NOUVELLES.- Un public d’élite, dans lequel on comptait MEYERBEER, BERLIOZ, AUBER, HALEVY, Ambroise THOMAS, plusieurs officiers supérieurs et un grand nombre d’illustrations de la noblesse et de la littérature, assistait jeudi dernier [30 décembre] à une intéressante séance dans la salle de M. Adolphe Sax. Il s’agissait d’entendre et de juger la musique-modèle organisée par les soins de l’habile facteur, pour le régiment des guides. Neuf morceaux, dans différents caractères, ont été exécutés aux applaudissements de l’assemblée ; parmi ceux qui ont produit le plus d’effet, on peut citer l’ouverture de Zampa, un pas redoublé et deux fantaisie sur le Domino et Zanetta. Cette brillante épreuve fait le plus grand honneur à M. Sax, tant pour le choix et la combinaison des instruments, que pour le talent d’exécution des virtuoses ; il est vrai que la plupart ont été recrutés parmi les plus habiles solistes de la capitale, et qu’Arban est revenu tout exprès de Londres. Quant à la musique, elle réunit à l’éclat des plus vigoureuses fanfares les timbres variés et la délicatesse de nuances des meilleurs orchestres de symphonie ; on ne saurait rien imaginer de plus splendide et de plus parfait. M. Sax a reçu les félicitations de son illustre auditoire, notamment de M. MEYERBEER et de M. FLEURY, colonel du régiment des guides. Hier, samedi, la musique modèle a dû se faire entendre à la cour, en présence de l’Empereur, et il n’y a pas de doute que cette audition n’ait été l’occasion d’un éclatant triomphe pour M. Sax, pour ses instruments et pour ses artistes.

N°3, du 16 janvier 1853

p. 21/22 : MUSIQUE DES GUIDES.- Il n’est de bruit en ce moment que de la magnifique musique des guides, dont l’organisation avait été confiée à M. Sax, et dont le premier début à la cour, le premier jour de l’an, en présence de Sa Majesté l’Empereur, est venu pleinement confirmer le choix fait par le gouvernement de l’habile facteur pour cette mission difficile et importante. Quand on entend cette musique modèle, on reste frappé d’admiration. Mais pour se faire une juste idée des progrès réalisés par M. Sax et des conquêtes que l’on doit à son esprit inventif, il faut se rappeler ce qu’étaient les musiques militaires en France, il y a seulement une vingtaine d’années. A cette époque, les basses étaient uniquement représentées par les trombones et par le serpent, ce vieil engin musical dont la race s’est encore perpétuée jusqu’à nos jours dans quelques églises de village. L’ophicléide ne vint que plus tard.- Loes parties intermédiaires étaient confiées à des cors sans pistons ;quant aux voix aiguës, elles n’avaient pour se produire que les flûtes ou les clarinettes,- et quelles clarinettes ! -Les trompettes étaient pareillement sans pistons ; enfin, les cornets à pistons ne vinrent que longtemps après.

« En 1845, les musiques de l’armée française furent réorganisées sur un plan proposé par M. Sax. On sait avec quelle lenteur s’accomplissent de pareilles réformes : aussi, malgré toute la diligence que mit l’inventeur à faire l’application de son système, malgré un travail incessant, malgré une fabrication qui n’occupait pas moins de 191 ouvriers, c’est à peine si on avait pu juger encore de l’excellence de ses doctrines, lorsqu’arriva la révolution de 1848. Le 18 mars suivant, un décret de gouvernement provisoire, provoqué par des adversaires vaincus dans une lutte loyale, mais dont par cela même la haine n’était que plus ardente, bouleversa tout ce qui avait été fait auparavant, et supprima les saxophones dans les musiques de l’armée, ainsi que dans l’Ecole militaire du Gymnase musical ; puis à leur place on réintégra l’ancien basson, dont les vices et l’insuffisance pour la musique militaire avaient été depuis longtemps reconnus et constatés. Cependant, quelques musiques tinrent bon et restèrent debout, conformément à l’ordonnance de 1845, entre autres celle du 9° dragons pour la cavalerie, et celle du 74° de ligne pour l’infanterie. Grâce à ces spécimens trop rares il est vrai, les connaisseurs purent apprécier tout ce que l’on était en droit d’attendre de M. Sax. Ce dernier ne se découragea pas ; il engagea la lutte ; il la soutient depuis six années. A côté des pièges qui lui étaient incessamment tendus et des embarras qu’on ne cessait de lui susciter, il trouva moyen d’étendre le domaine de ses découvertes et de perfectionner ses inventions premières ; il parvint à confectionner, pour l’Exposition universelle de Londres, une série véritable de nouveaux instruments qui remportèrent le plus éclatant triomphe, et lui valurent la première place, la place d’honneur à ce concours général de toutes les nations.

« Enfin, l’occasion décisive qui vient de lui être offerte par la création de la musique des Guides a mis dans tout son jour les vastes conceptions et les ingénieuses ressources de cet inépuisable inventeur ; car, cette fois, il n’avait plus à combattre ; il pouvait donner l’essor à ses idées et puiser sans considération d’économies dans tous les éléments de son art, aussi peut-on dire qu’il a dépassé l’attente de ses plus fervents admirateurs : un auguste suffrage, l’approbation des hommes les plus éminents, lui sont désormais acquis, et il y a tout lieu d’espérer qu’une ère nouvelle, une ère de prospérité comme de succès va dater pour M. Sax du jour où les brillants accords de sa musique modèle ont retenti dans le palais des Tuileries en présence de Sa Majesté l’Empereur.

« Hier samedi, la musique des Guides a dû se faire encore entendre le soir chez Sa Majesté l’empereur.

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N° 5, du 13 février 1853

p.55 : NOUVELLES.- La cours de cassation vient de rendre un arrêt important relativement au brevet d’invention des saxo-tromba, du saxhorn et des nouveaux pistons en cylindres. En voici le résumé, textuellement emprunté à la Gazette des tribunaux :- L’application pratique d’une théorie déjà connue constitue une invention susceptible d’être brevetée, si elle produit des résultats industriels nouveaux. Spécialement, la suppression des angles dans les instruments à vent, et l’agrandissement des rayons des courbes des diverses parties de ces instruments, et notamment des tubes additionnels, peut donner leur à un brevet. Le son obtenu constitue, dans ce cas, un résultat industriel nouveau (Articles 1 et 2 de la loi du 2 janvier 1791). Peut également donner lieu à un brevet la fabrication d’instruments à vent produisant des sons non encore obtenus auparavant, encore que l’amélioration du son résulte uniquement d’une combinaison nouvelle dans les proportions des diverses parties, déjà connues, des instruments et dans leurs dimensions transversales, combinaison qui, d’après les juges du fait, n’aurait pas influé d’une manière essentielle sur les conditions organiques des instruments. Il suffit pour qu’il y ait lieu à brevet, que la réalité de l’invention soit constante, quelles qu’en puissent être d’ailleurs l’originalité et l’importance (Article 2 de la loi du 5 juillet 1844). Les plans et dessins joints à une demande de brevet sont le complément de l’intitulé du brevet et du mémoire descriptif de l’invention, et font partie intégrante de la demande, de telle sorte que, lors même que certaines modifications, dont se dit inventeur celui qui demande le brevet, ne seraient signalées que par les dessins qu’il a produits, ces dessins constitueraient une description remplissant le v¤u de la loi s’ils suffisaient pour exécuter l’objet inventé. Cassation, après délibération en chambre du conseil, au rapport de M. le conseiller RENOUARD, et, conformément aux conclusions de M. l’avocat général ROULAND d’un arrêt rendu le 16 février 1850, par la Cour impériale de Paris (Sax contre Raoux et autres ; plaidants, Mes Paul Fabre et Groualle).

la salle. Musard va, assure-t-on, produire aux fêtes de l’Opéra un autre quadrille destiné à un succès immense. Il a pour titre : les Enfants de Marengo. L’orchestre, pour cette fois, sera augmenté de douze tambours, de deux grosses caisses de dimension colossale et de dix trompettes de forme nouvelle.

N°12 du 20 mars 1853

p.99 NOUVELLES : Un grand concert de musique militaire sera donné prochainement dans la salle Herz. On y entendra l’élite des exécutants de nos divers théâtres lyriques, les nouveaux instruments de Sax et un répertoire qui obtiendra, nous en sommes certains, le succès le plus brillant et le mieux mérité. Cet orchestre militaire, organisé d’après les plans de M. Sax, adoptés au régiment des guides, sera conduit par M. Mohr, l’habile directeur de la musique de ce régiment.

N°18, du 1er mai 1853

p. 164 : Nous croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs l’extrait du rapport de l’Exposition universelle de Londres, concernant les instruments de musique. On verra par la note qui va suivre que la France est la première entre toutes les nations pour la fabrication et principalement pour l’invention des instruments à vent ; grâce, il faut bien le reconnaître, aux efforts persévérants de notre habile facteur Ad. Sax.

« Dans ce département, le jury a accordé la grande médaille (council medal)(1)(1) cette haute distinction est la seule qui ait été accordée à cette spécialité parmi toutes les nations ; elle l’a été à l’unanimité des trois jurys, et pour l’universalité des quatre-vingt-cinq instruments exposés par M. Sax. à M. Sax, de Paris, pour son invention de plusieurs nouvelles classes d’instruments à vent en métal et en bois.

« Parmi les inventeurs d’instruments de musique, la plus haute distinction est due aux mérites de M. Sax ; qu’on le considère, soit sous le rapport de la variété et de l’excellence, soit sous celui de l’utilité de ses inventions.

« Sa création de la classe entière des saxhorns et des saxo-trombas a produit les résultats les plus satisfaisants et une révolution complète dans la musique militaire, sur le théâtre, comme dans les salles de concert. Cette vaste échelle instrumentale offre d’importants avantages jusque dans les extrêmes limites, à l’aigu comme au grave.

« (...) M. Sax a aussi créé la classe des saxophones, instruments de cuivre avec un bec à anche simple, dans le genre de celui de la clarinette. L’effet de ces nouveaux instruments est d’un charme égal à l’originalité de leurs sons, et ils portent au plus haut degré de perfection la voix expressive.

« Il faut reconnaître que ses clarinettes basses et contrebasses, en bois et en métal, sont des inventions d’une valeur inestimable.

« (...) Son basson de cuivre, avec un nouveau système de clefset de trous, est vraiment parfait. (...) « Enfin, M. Sax a ajouté aux bugles-horns (clairons) des musiques d’infanterie, une série de tubes portatifs, qui, adaptés à ces instruments, les transforment en clairons à pistons de différents tons (...).

« On trouve encore dans les considérations générales du rapport (p.331), le passage suivant :

« Les instruments exposés par M. Sax, de Paris, réalisent un grand progrès ; car, non-seulement beaucoup d’entre eux, tels que les french-horns (cors), trompettes et trombones, possèdent une puissance, un strident (sharpness), et une impressivité (impressiveness), obtenus, en grande partie, par leurs nouvelles proportions (ce qui prouvera que ce n’est pas l’espèce de métal mis en vibration par le souffle qui influe notablement sur la nature du son, et que ces résultats heureux sont plutôt produits par une modification perfectionnée des formes) ; mais beaucoup d’autres, notamment les saxhorns, possèdent une qualité ey une richesse de son qu’on n’avait pas entendues avant l’introduction de ces instruments par M. Sax ╚.

On a peine à comprendre comment M. Sax a pu trouver le secret de mériter et de conquérir de pareils suffrages au milieu de toutes les luttes qu’il a eu à soutenir depuis son arrivée dans notre pays. Et cependant, ce n’était pas assez pour lui de ces résultats déjà si importants. Depuis qu’a été écrit ce rapport, M. Sax a inventé et fait connaître les Saxtubas, d’un si prodigieux effet dans le Juif-Errant ; il a imaginé un nouveau système de timbales au moyen desquelles on peut exécuter une harmonie en quatre parties, comme cela se pratique avec le quatuor des instruments à cordes ; enfin, il a inventé plusieurs nouveaux instruments à vent aussi ingénieux qu’utiles.

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N°21 du 22 mai 1853

p. 169. M. SAX avait réuni mardi dernier dans ses salons de la rue Saint-Georges des artistes, des littérateurs, des gens du monde. Le père du célèbre inventeur, connu lui-même en Belgique comme un des plus ingénieux facteurs d’instruments, faisait entendre pour la première fois un piano d’une puissance merveilleuse, qui a été successivement touché par Louis Lacombe, par Fumagalli et par Brisson. L’instrument qui rendait des sons si admirable était un vieux piano droit en assez mauvais état. M. Sax père l’avait transformé par un procédé simple qui, comme toutes les choses simples, ne pouvait être découvert que par un homme de génie. Le violon est un instrument de très petit volume dont la sonorité est bien grande. La guitare, au contraire, ne rend que des sons chétifs. A quoi cela tient-il ? C’est que les cordes de la guitare sont posées à plat sur la table d’harmonie, tandis que celles du violon sont relevées par un chevalet aux cordes du piano [sic.........].

L’expérience faite mardi dernier devant plusieurs professeurs et des artistes éminents aurait été décisive, si elle avait été pratiquée sur un piano à queue. Espérons que M. Sax n’en restera pas là et qu’il nous prouvera sérieusement par des épreuves nouvelles que le piano peut devenir à lui seul tout un orchestre.

N° 21, du 22 mai 1853

p. 187 : CONCERT D’HARMONIE -D’après une nouvelle organisation d’Ad. Sax.- La Société d’harmonie composée des meilleurs instrumentistes a donné son premier concert le 15 de ce mois [mai], au jardin d’hiver, devant un public d’élite. Le succès a été complet ; on a été frappé de la supériorité des instruments de Sax, qui sont maintenant répandus dans toute l’Europe. Rien n’est plus merveilleux que l’effet produit avec ces instruments, surtout celui des saxophones, dont l’étendue est de trois octaves. Le son est plein, moelleux, vibrant, d’une force énorme et susceptible d’être adouci à volonté ; il produit dans le haut des notes d’une vibration pénétrante qui ajoute heureusement à l’expression mélodique. Les tenues et les solos exécutés avec ces instruments, dans les fantaisie de Zanetta et Giralda, ont été fort admirés.

Pour juger convenablement de la supériorité de ces instruments, il faut entendre l’ouverture de Zampa, d’Hérold, et aussi celle du Carnaval Romain de Berlioz. Rien n’est plus admirable d’exécution, surtout pour les amateurs qui connaissent l’extrême difficulté qui existe dans certains passages de cette dernière ouverture.

M. Lecerf a été fort apprécié dans les divers solos sur le saxophone-alto, ainsi que M. Auroux sur le soprano ; M. Dortu sur son immense contrebasse fait frissonner, tant l’effet est prodigieux ; M. Arban, le célèbre cornet à pistons, a fait des traits de violon dans Zampa avec une justesse et un sentiment d’expression admirables. Toute la musique a été arrangée habilement par M. Mohr pour la nouvelle organisation de Sax, qui laisse bien loin derrière l’ancien système des combinaisons.

Mlle Dussy, de l’Opéra, et Mlle J. Montigny ont chanté avec un goût exquis plusieurs romances qui ont été fort applaudies.

Nous apprenons avec un véritable plaisir qu’un nouveau concert aura lieu dimanche prochain, 29 mai ; nous engageons MM. Les artistes de la Société d’harmonie à nous donner les mêmes morceaux, surtout l’ouverture du Carnaval romain, de Berlioz, et celle de Zampa.

N° 24, du 12 juin 1853

pp.210/11 : SOCIETE DE LA GRANDE HARMONIE - Au Jardin d’Hiver- Je confesse que la famille Sax laisse peu de repos à ma plume. Dernièrement, il s’agissait du système fécond appliqué au piano par M. Sax père (l’Empereur a voulu entendre à Saint-Cloud le nouveau piano, et a témoigné tout son intérêt à l’heureux inventeur) ; aujourd’hui, il s’agit de MK. Adolphe Sax et de ses enfants d’airain et de cuivre, grands et petits ; car Dieu merci, innombrable est sa postérité !

« M. Sax est persuadé que dans les arts il ne s’agit pas seulement de créer et d’inventer, -beaucoup de gens ont fort bien fait leur chemin sans se donner cette peine-là- il pense qu’il faut manifester ses créations le plus souvent possible devant le public, afin de l’habituer peu à peu à accepter ce qui est vrai, ce qui est logique, ce qui est excellent, à la place des vieilles erreurs, des séculaires routines auxquelles il porte une affection si particulière et si dévoués. M. Sax a eu donc une heureuse idée en choisissant pour la manifestation de ses découvertes une salle plus grande que celle qu’il a fait construire rue Saint-Georges, où toutes les sommités de l’art se sont réunies, il est vrai, pour entendre ses instruments, mais qui ne lui offrait pas toutes les conditions de publicité d’un plus vaste local. C’est le Jardin-d’Hiver que M. Sax a choisi pour théâtre ; c’est là qu’après avoir organisé une Société d’instruments de cuivre, absolument selon ses vues, il nous a mis à même d’apprécier les résultats obtenus et de constater une fois de plus les services rendus à l’art par son infatigable ardeur.

« La musique de la Société de la Grande Harmonie (c’est son titre), est ainsi composée : flûte, petite flûte, deux hautbois, deux petites clarinettes, quatre clarinettes, quatre saxophones, soprano, alto, ténor, basse, une clarinette basse, deux petits sax-horns en Mib, deux sax-horns contraltos en Sib, quatre saxo-trombas en Mib, deux sax-horns barytons en Sib, deux sax-horns basse en Sib, deux sax-horns contrebasse en Mib, grand sax-horn contrebasse en Sib (celui-là, cher lecteur, je vous le recommande lorsque vous aurez à entendre sa puissante et solennelle voix), deux cornets à pistons, deux cors, deux trompettes à cylindre, trois trombones, les timbales, la grosse caisse, etc., etc.

« L’organisation de cette musique, si M. Sax eût augmenté le nombre des instruments aigus, des flûtes, hautbois et clarinettes (ceci est l’objet d’une vieille querelle entre l’inventeur et moi), réaliserait la perfection. Rien de suave, de doux, de modéré dans sa puissance, de puissant dans sa douceur, comme ce vaste ensemble que, partant des extrémités du grave, monte aux confins de l’aigu par une série non interrompue d’échelons sonores. Rien de plus extraordinaire aussi que d’entendre ces instruments de cuivre, autrefois si limités dans leurs moyens, et quant à la justesse et quant à la rapidité, et, surtout quant à la délicatesse des nuances, exécuter des morceaux primitivement composés pour des instruments à cordes, avec la précision d’un violon ou d’un violoncelle.

« C’est dans l’ouverture de Zampa que ces qualités incontestables se sont particulièrement révélées. En disant que le public tout entier a été frappé de la puissante sonorité de la nouvelle musique, je ne dirai rien que tout le monde ne sache ; mais ce qui a le plus frappé les artistes, les gens dévoués au progrès de la musique, c’est la perfection des nuances, perfection si grande qu’il était difficile d’imaginer que des instruments de cuivre pussent y atteindre. Ainsi les accords pp et appogiatti des saxhorns, accompagnant la clarinette, avaient toute la délicatesse du quatuor le plus subtil, et plus tard vient à éclore la mélodie vive et entraînante du finale, le saxhorn en Sib, sous les lèvres de M. Arban, le Vieuxtemps de la trompette, n’avait rien à envier au roi des instruments, au violon, en délicatesse et en grâce.

« J’ai choisi, pour m’étendre un peu, cette ouverture de Zampa ; mais dans toutes les autres ¤uvres qui figuraient au programme, la fantaisie sur Giralda, l’ouverture du Carnaval romain, etc. ; l’exécution a été également remarquable. C’est M. Mohr qui était chargé de la diriger, et je suis heureux de pouvoir féliciter cet artiste, aussi bon compositeur que chef d’orchestre habile.

« Tout au fond de ce délicieux jardin, à moitié cachée par les longues feuilles des lataniers et des bananiers qui croissent dans ce paradis, comme dans leur pays natal, la fanfare du 8° bataillon de chasseurs alternait avec les morceaux exécutés par la Société de la grande harmonie. Cette fanfare présentait le fait extraordinaire qu’elle ne déchirait par l’oreille, et qu’au contraire les sons, tamisés par la distance et le feuillage, se déroulaient avec autant de douceur que de puissance. L’organisation de cette fanfare est des plus ingénieuses. L’instrument dans on état naturel, c’est le clairon, le simple clairon, qui sonne le réveil, la diane ou la soupe. Armé d’une pièce additionnelle, l’instrument devient alors, au gré de l’exécutant, basse, ténor, contralto ou soprano d’harmonie. Il en résulte donc qu’avec des instruments tous de dimensions égales, l’échelle sonore se trouve occupée tout entière. Il en résulte aussi que les musiciens se trouvent débarrassés du poids gênant des ophicléides et trombones usités autrefois dans les fanfares.

« Là où les lions rugissent, les rossignols devraient se retirer prudemment sous l’ombre des bois. Cela n’a pas empêché M. Coulon, de l’Opéra-Comique et M. Cornélis d’obtenir du succès dans divers morceaux qu’ils ont interprétés.

« A cette seconde matinée assistait un public d’élite, au milieu duquel j’ai remarqué M. le baron Charles Dupin, M. le baron Taylor, le préfet de la Seine, M. Jobard de Bruxelles, un grand nombre de généraux, de colonels et d’officiers. Cet empressement est de bon augure pour l’avenir. Du jour où l’on se décide à venir entendre la musique de M. Sax, sa cause est gagnée ; mais encore faut-il qu’elle sois plaidée, et elle l’a été victorieusement jeudi dernier [7 mai] : aujourd’hui je n’en suis que le rapporteur. Mais que ne suis-je l’un des juges ! Jamais boule blanche plus sincèrement donnée au génie ne serait tombée dans l’urne !

Léon KREUTZER.

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N°26 du 26 juin 1853

p.210, J. MARTIN D’ANGERS explique : « assez près d’une des extrémités les cordes s’appuient, dans leur tension, sur un chevalet dont la base repose elle-même sur la table d’harmonie ╚.

N° 26, du 26 juin 1853

p.227/28 :CONCOURS D’ORPHEONS et de musiques d’harmonie à Fontainebleau -le dimanche 19 juin- (...) Suivant l’habitude, habitude très louable et très digne d’être suivie, la fête a commencé par une grand’messe en musique. (...). Après la grand’messe, le cortège des sociétés concurrentes, escorté d’un détachement de gendarmerie à cheval et de la compagnie des pompiers de Fontainebleau, a traversé processionnellement la ville, chaque société précédée de sa bannière, chaque sociétaire paré de ses insignes, se rendant de l’embarcadère du chemin de fer à la place du château. (...).

« Le Grand-Manège et la salle de spectacle ont été le théâtre du concours des sociétés chorales ; la place du Palais de justice et le parterre, celui du concours des musiques d’harmonie. (...).

Le jury pour les trois autres divisions des musiques d’harmonie, dont le concours avait lieu dans le parterre du parc, se composait de MM. Klosé, président, Artus, Dauverné, Cokken, Forestier, Triebert, Urbain, de Greffulhe et Megnin (ces deux derniers, membres l’un de la commission départementale, l’autre de la commission locale). (...).

« A six heures du soir, les opérations des différents jurys étant terminées, tout le monde, concurrents et public, s’est réuni dans la grande cour historique des Adieux, où devaient être solennellement proclamés les noms des vainqueurs. (...).

« La distribution des prix a été précédée d’une fantaisie pour musique militaire sur le ch¤ur du second acte du Comte Ory, arrangée par M. Klosé, dite sous sa direction par tous les corps de musique d’harmonie réunis. Les prix ont été décernés ainsi qu’il suit : (...) CONCOURS DE MUSIQUES D’HARMONIE.- Division supérieure ; première section ; prix unique : le Corps de musique du 7° dragons dirigé par M. Dumay. Une mention honorable a été accordée au Corps de musique du 6° hussards, dirigé par M. Martin. Deuxième section ; prix unique : le Corps de musique des pompiers de Lille, dirigé par M. Bénard ; troisième section ; prix unique : la Fanfare du 8° bataillon de chasseurs de Vincennes.

Division spéciale ; prix unique : la Société d’harmonie de Paris, organisée d’après le système Sax, dirigée par M. Mohr. (...)

« Le nombre total des Sociétés chorales qui s’étaient fait inscrire cette année au concours musical de Seine et Marne, s’élevait à quarante ; celui des musiques d’harmonie à vingt et un.

« (...). Georges BOUSQUET

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N°30 du 24 juillet 1853

p.239/40 LA GRANDE HARMONIE SAX - A Lille - La Société de la Grande Harmonie, organisée par Adolphe Sax, et composée de ses instruments, vient de remporter à Lille un triomphe dont aucune expression ne saurait donner l’idée ; il nous est arrivé d’assister à bien des ovations musicales, mais nous n’avons pas souvenir d’un pareil enthousiasme de la part de l’assistance, et il faut le dire, d’une pareille perfection de la part des exécutants.

Voici quel était le programme du concert : Marche du Prophète.... Harmonie ; Fantaisie sur Giralda..... Harmonie ; Fantaisie sur Robert le Diable... ... Fanfare ; Air varié... ... ... Harmonie ; Fantaisie sur Zanetta........ Harmonie ; Fantaisie sur l’Enfant prodigue... Fanfare ; Ouverture du Carnaval Romain... ... Harmonie ; Fantaisie sur Norma... .... Fanfare ; Ouverture de Zampa..... Harmonie.

Des salves d’applaudissements frénétiques, des cris, des interruptions, des bis ont accueilli chacun des morceaux, tant ceux de la fanfare que de l’harmonie complète. La puissance, l’éclat, la précision des ensembles le disputaient à la délicatesse des soli, car la société qui compte autant de musiciens hors ligne que de membres, a eu l’excellent esprit de mettre son talent en commun et de sacrifier la vanité individuelle à l’effet général.

MM. Auroux et Printz se sont particulièrement distingués, le premier sur le saxophone soprano, le second sur le saxophone alto. On a beaucoup admiré la qualité de son et le style de M. Romedène sur le hautbois ; MM. Brunot et Magniez sur la flûte ; M. Minart sur la clarinette ; M. Scholtmann sur le saxhorn contr’alto en sib ; M. Ory sur le piston, ont été appréciés à leur valeur. Quant au formidable quatuor de basses représenté par MM. Holtzem, Moreau, Dantonnet et Dortu, il a pareillement conquis tous les suffrages, et, en particulier, M. Dortu qui jouait la colossale contrebasse en sib à l’octave grave de l’ophicléide ; sans préjudice du saxophone-basse d’une puissance et d’un moelleux si remarquables entre les mains de M. Rose.

Au reste, nommer quelques artistes de la société c’est presque sa rendre coupable d’injustice envers ceux qu’on passe sous silence, tant ils ont tous droit aux mêmes éloges et sont solidaires dans le succès ; aussi nous décidons-nous à donner ci-après la composition des deux orchestres.

Composition de l’harmonie Sax. : 1 petite flûte, 1 Fl. 2 Htb. 2 petites clar. Et 4 clar. 4 saxophones : Auroux (soprano), Printz (alto), Deshayes (ténor) Rose (basse). 1 Nouvelle clar-basse ; 2 petits saxhorns en Mib, 4 Sax-trombas en Mib, 2 Saxhorns baryton en Sib, 2 Saxhorns basse en Sib, 2 saxhorns contrebasse en Mib, 1 Grand saxhorn contrebasse en Sib. 2 Cornets à pistons, 2 Cors, 3 Trombones, 1 Timbalier, 1 Grosse caisse & cymbale, 1 Castagnettes, 1 Triangle & Tambour de basse.

Composition de la Fanfare Sax :

2 Saxhorns en Mib, 2 Saxhorns en Sib, 4 Sax-Trombas en Mib, 1 Saxhorns en Sib, 2 Saxhorns basse, 2 Saxhorns en Mib, 1 Grand saxhorn en Sib, 2 Cornets à pistons, 1 Trompette, 1 Trombone.

Il n’est pas indifférent de faire observer qu’à côté des morceaux confiés à l’harmonie, la fanfare de cuivre, composée seulement de 17 artistes jouant presque tous du saxhorn, n’a rien perdu de son éclat et de sa beauté ; elle a été criblée de bravos tout comme sa redoutable rivale.

Voici comment s’exprime le Nord, journal de Lille, en rendant compte de cette intéressante solennité.

Association musicale - concert du 18 juillet [1853]. « La Société de la Grande Harmonie a donné hier soir son concert. La salle de la rue Esquermoise ne pouvait contenir les auditeurs empressés venus non-seulement des villes voisines, mais des départements limitrophes et même de la Belgique. Parmi les étrangers, nous avons remarqué M. Bender, chef de musique des guides de Bruxelles, et plusieurs chefs des principales société harmoniques. De bonne heure la salle a été envahie ; le jardin était à moitié plein. Le succès a été colossal.

Dès le début du premier morceau, nous étions sous le charme d’une exécution supérieure sous tous les rapports. A chaque intervalle, trois ou quatre salves d’applaudissements faisaient trembler la salle de l’Association.

Sept morceaux d’harmonie et deux fantaisies pour fanfare composaient le programme. Comme morceaux d’ensemble, nous citerons l’ouverture du Carnaval romain, l’une des plus enchevêtrées, des plus compliquées et des plus difficiles qui soient sorties du cerveau de Berlioz, le grand créateur de n¤uds gordiens. Plus d’une société philharmonique en a tenté l’épreuve sans pouvoir parvenir à l’exécuter même avec les ressources de l’orchestre complet. Confier un morceau pareil à des instruments à vent, c’est une singulière témérité. Elle a été justifiée. Là, comme dans l’ouverture de Zampa, comme dans les fantaisies sur et sur Giralda, nous avons admiré la précision, le rythme, les articulations. Les nuances les plus délicates étaient rendues. Les solos de hautbois et de flûte exécutés pianissimo étaient accompagnés, soutenus, sans être jamais couverts par les instruments de cuivre les plus puissants. L’énorme contrebasse Sax, dont le pavillon est triple de celui des ophicléides, rend les parties d’accompagnement de telle sorte que l’on croirait entendre le coup d’archet ou le pizzicato. Le solo de violoncelle du 3° acte de Robert le Diable a produit une illusion complète.

Mais le morceau le plus intéressant a été l’air varié écrit à la hâte par M. Mohr, et appris en trois jours. Nos lecteurs connaissent les noms des artistes qui se sont fait entendre. Pour leur rendre justice, il faudrait les citer tous. La variation de saxhorn a été bissée par le public, et malgré la fatigue M. Ory l’a recommencée avec le même bonheur. Le largo écrit pour deux flûtes a fourni à deux artistes de premier ordre, MM. Brunot et Magniez, l’occasion de développer toutes les ressources de la flûte cylindrique. Cet instrument, repoussé encore par quelques artistes esclaves de la routine, est incomparablement supérieur pour la beauté et l’ampleur du son ; il offre des ressources auxquelles le talent ne peut suppléer. MM. Brunot et Magniez ont encore exécuté une variation pour deux petites flûtes, véritable bijou, prodige de légèreté et d’audace qui a obtenu un succès monstre.

Au reste, les variations comme le reste du concert semblaient un défi jeté à la difficulté. Jamais on n’a joué avec un dédain pareil entre tous les écueils de l’art. Jamais audace n’a été plus heureuse ╚.

Ce témoignage d’admiration paraîtra d’autant moins suspect, que nos grandes cités du Nord, ont comme chacun sait, des prétentions à la suprématie, en fait de musique pour instruments à vent.

La société la plus brillante se pressait à cette fête qui fait le plus grand honneur à M. Sax, et dont la ville de Lille gardera longtemps le souvenir.

Signé A.B.

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N°30, du 24 juillet 1853

pp.261/62 : CONCOURS DE LA MUSIQUE SAX à Lille.- Il y a des artistes et des inventeurs qui se contentent d’accepter la lutte ; il y en a d’autres qui vont au-devant d’elle. M. Adolphe Sax est de ces derniers. Pénétré de cette légitime conviction que ses instruments doivent réaliser dans un court espace de temps d’immenses avantages pour l’art musical, il n’hésite pas à s’en aller au loin convaincre, sinon les incrédules, les indifférents du moins. L’on sait que M. Sax a organisé, absolument selon ses vues (il n’avait pas cette fois de commission pour l’entraver), une musique, celle de la Grande harmonie, qui a fait vaillamment ses preuves, cette année au Jardin d’Hiver. C’est cette même société qui, lundi dernier [18 juillet], se rendait à Lille avec son fondateur M. Sax, avec son habile chef d’orchestre M. Mohr, pour prouver que Paris est et demeurera toujours la capitale de l’art, du goût et aussi des valeureuses tentatives. On ne peut nier que l’arrivée de M. Sax et de sa troupe n’ait soulevé quelque opposition dans la presse lilloise, opposition qui s’explique d’ailleurs ; mais ce qui est certain, c’est que rarement le mérite a triomphé avec plus d’unanimité et plus d’éclat.

« Le concert a eu lieu dans une salle fort grande où se pressait (où s’étouffait, on pourrait le dire) la société la plus distinguée de Lille et où l’on remarquait des généraux, des officiers et plusieurs chefs de musique des départements voisins et même de Belgique, entre autres M. Bender... ... ... ... ..

« Le programme du concert de Lille était aussi brillant que varié ; il se composait de sept morceaux d’harmonie et de trois fantaisies pour la nouvelle fanfare de M. Sax ;... ... ... ... .. les solos de saxophones, qui étaient confiés à MM. Printz, Auroux et Rose (...).

« Voici des années que M. Sax soutient une lutte persévérante contre des opinions qui peuvent être sincères, mais qui n’en sont pas moins funestes à l’art musical, car elles limitent son essor. Le système de M. Sax est parfait et complet. Partout où il a présenté ses instruments, on les a jugés les mieux construits ; partout où il a présenté sa musique, elle s’est trouvée la meilleure de toutes. Avec l’adoption du système Sax dans nos orchestres, dans l’armée, plus de gêne, plus d’entraves pour les compositeurs ; ils n’ont qu’à laisser leurs pensées s’épandre et ils sont sûrs de rencontrer un interprète docile et fidèle. Pourquoi donc alors des oppositions et des luttes ? Serait-ce que l’éclat de la vérité qui ravit les yeux clairvoyants, offense les yeux malades de sa vive et lumineuse clarté?

Léon KREUTZER.

p.264 : L Jardin d’Hiver donne trois soirées musicales par semaine, les mercredis, vendredis et dimanches. Les concerts sont variés et égayés par une harmonie militaire. Son odorante et fraîche orangerie offre une oasis où tous les plaisirs sont réunis. Aujourd’hui, 24, grande soirée.

N° 32, du 7 août 1853

pp.275/76 : CONCERT ORGANISE A LILLE pour la société Sax.- La rapide apparition de la Société de la Grande Harmonie, dont M. Sax est le fondateur et M. Mohr le chef, aura laissé dans l’esprit des Lillois de durables souvenirs. De toutes parts il n’arrive des renseignements qui prouvent le retentissement (retentissement est bien le mot lorsqu’il s’agit des foudroyants instruments de M. Sax) qu’a obtenu, dans sa tentative, le hardi novateur. Seulement, vu la promptitude de son arrivée et la rapidité de son départ, les artistes, les amateurs qui s’intéressent aux progrès de la musique d’harmonie, n’ont pu qu’éprouver la vive sensation d’un concert, et que s’informer des moyens à employer pour perfectionner les musiques militaires de la grande cité de Lille. Ces artistes, ces amateurs ont pensé qu’il importait que M. Sax pût revenir dans leurs murs y séjourner plus longtemps et y donner plusieurs concert qui servissent pour ainsi dire d’enseignement pratique aux différentes musiques qui existent dans cette ville animée d’un si grand zèle pour la cause de l’art. Aussi, immédiatement, des souscriptions se sont ouvertes de toutes parts pour réaliser une somme digne d’être offerte en indemnité aux artistes de la Société Sax, et pour organiser à leur intention une série de concerts qui sont déjà attendus avec le plus grand empressement. Si l’on se rappelle que, par une décision au moins singulière, la musique des pompiers de Lille a remporte le prix, au concours de Fontainebleau, sur la musique de Sax, on reconnaîtra qu’il y a quelque générosité à cette ville à proclamer aussi hautement l’incomparable supériorité de cette dernière.

« Qu’une ville telle que Lille couvre facilement par une souscription les frais de déplacement d’un si grand nombre d’artistes, cela se conçoit ; mais ce qui se conçoit moins, c’est que plusieurs villes du département dont les ressources sont infiniment bornées, aient fait appel également à la Société de M. Sax. Puis l’intérêt et la curiosité gagnant, la ville de Bruxelles et d’autres villes de Belgique ont conçu le projet de convier la Société à des solennités spécialement organisées pour elles. Qu’on se figure il y a vingt ans la Société des Concerts du Conservatoire de Paris formant le noble projet de populariser l’art en France, de gratifier chaque ville de quelque importance, d’un type conforme aux plus pures traditions classiques ; qu’on se figure cette Société parcourant ainsi toute la France, partout accueillie, fêtée, partout rectifiant l’erreur (...). Eh bien ! dans une autre sphère, c’est là ce que la Société de la Grande-Harmonie se verra bientôt en mesure d’accomplir. La musique d’harmonie est trop récemment perfectionnée encore pour que nos grands compositeurs aient écrit dans ce genre des morceaux qui puissent être réputés classiques. Ce n’est donc point le type d’une tradition qui n’existe point encore que la Société aura à révéler aux villes de France et de Belgique, mais celui d’une exécution admirable quant à la force, à la légèreté, à la puissance, à la perfection, à l’ensemble. Les compositions classiques viendront plus tard, le quatuor, la symphonie. Les compositeurs ont maintenant l’instrument sous la main, et ils ne négligeront pas de s’en servir.

« (...). Espérons donc que la Société de la Grande-Harmonie, qui reçoit de tous côtés des marques d’encouragements, en recevra aussi de la ville où elle est née. La ville de Paris en sera un jour fière pour ne pas lui servir de marraine et lui donner son nom.

Léon KREUTZER.

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N° 35, du 28 août 1853

p. 303 : NOUVELLES.- La musique des guides fait fureur à Dieppe ; elle joue presque tous les soirs, soit dans la cour de l’Hôtel-de-Ville, pendant le dîner de Leurs Majestés ; soit sur la place du Théâtre, soit enfin à l’établissement. Une musique de bataillon de chasseurs de Vincennes, c’est-à-dire exclusivement composée d’instruments de cuivre, a su, malgré l’infériorité en nombre, mériter aussi les applaudissements des amateurs qui se groupent sur les places autour de cette bande de musique militaire. On sait que la musique est organisée avec les instruments de M. Sax et d’après son nouveau système d’organisation. La fanfare du 8° chasseurs à pied est également organisée, à titre d’épreuve, avec les nouveaux clairons Sax et d’après sa nouvelle organisation.

N° 36, du 4 septembre 1853

p.311 : NOUVELLES.- Le départ de la musique des Guides pour Dieppe avait été décidé à la suite de la brillante revue du 15 août. Le convoi, trop chargé, s’étant arrêté forcément pendant une heure à la gare de Maromme, la musique employa tout ce temps à faire retentir les échos de la vallée et accourir toute la population d’alentour. A Dieppe, elle joue pendant le dîner de l’Empereur, qui, pour sortir incognito, l’envoie souvent sur d’autres points de la ville, et veut bien la céder trois fois par semaine aux baigneurs. Cette musique n’a pas eu moins de succès dans un concert donné chez Sa Majesté. On sait que la musique des Guides est organisée d’après un nouveau système d’Ad. Sax. La fanfare du 8° bataillon de chasseurs, qui est également organisé d’après un nouveau système et avec des nouveaux clairons-Sax, trouve, malgré le succès colossal de la musique des Guides, le moyen de se faire applaudir.

N° 43, du 23 octobre 1853

p.374 : UNE AUDITION DE LA MUSIQUE DES GUIDES Chez Adolphe Sax.- Par cela même qu’il y a concours, luttes de musiques militaires entre nos différents régiments d’infanterie ou de cavalerie, il y a progrès, émulation. La place Vendôme, les Tuileries, le jardin du Palais-Royal ont réuni chaque soirée de la belle saison qui vient de se passer tout ce qu’il y a d’amateurs de musique militaire dans Paris, et il y en a beaucoup qui humaient avec plaisir l’harmonie tour à tour brillante et suave de cette musique ; mais depuis les tristes jours d’octobre, la verdure et les chants ont cessé. Ces voix cuivrées et vibrantes, forcées de ne se manifester qu’à l’intérieur, n’en sont que plus retentissantes, et, par conséquent, plus brillantes. La musique du régiment des guides, que nous avons entendue lundi passé [17 octobre] dans la salle Sax, a produit, sous la direction de son habile chef, M. Mohr, le plus bel effet par le choix des morceaux qui ont été dits, et par l’ensemble d’une parfaite cohésion.

« Quatre écoles, quatre manières, quatre individualités, se sont produites dans cette séance où l’on a exécuté l’ouverture de Zampa, d’Hérold ; un arrangement de la musique de Giralda ; une Danse aux flambeaux, par Meyerbeer ; et l’ouverture du Carnaval Romain. Le début plein de fougue de l’ouverture de Zampa a été attaqué avec l’audace qu’y déploient ordinairement les hardis violonistes de nos meilleurs orchestres, et les appels qui interrompent ce début ont mieux exprimé que dans l’orchestre les voix infernales, admirablement rendues par les voix cuivrées des saxhorns et des saxophones. Et, pour ne pas quitter les choses infernales, toutes les difficultés diaboliques de l’ouverture du Carnaval romain, de Berlioz, ont été vaincues, surmontées, on pourrait dire avec un bonheur inouĽ, si le talent, la patience, les répétitions soigneuses de ces instrumentistes exceptionnels et de leur digne chef, M. Mohr, n’avaient obtenu ce beau résultat. Aussi, après ce tour de force d’exécution, la musique légère, brillante et populaire de Giralda n’a paru qu’un jeu pour les exécutants, et ils ont été applaudis par les amateurs du brio et de cette musique vive, alerte, claire et à la portée de tous les auditeurs. Mais c’est surtout dans le morceaux de Meyerbeer, la Danse aux flambeaux, que l’orchestre, car c’est vraiment un orchestre, a déployé tout le luxe des sonorités les plus diverses. Flûte suave, violoncelles mystérieux, contrebasse puissante ; les saxhorns de toutes tailles, de toutes dimensions, remplacent le son des divers instruments de l’orchestre de manière que l’oreille la plus exercée s’y méprenne. Quant au style de ce morceau, le maître s’y est révélé dans toute la puissance, la richesse, le pittoresque et l’éclat de son savoir instrumental.

Henri BLANCHARD.

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N° 44, du 30 octobre 1853

p.384 : NOUVELLES.- Une seconde audition de la Danse aux flambeaux, de Meyerbeer, exécutée par la Musique des Guides, a eu lieu chez Sax, en présence de M. Fétis. L’effet de cette composition a été plus merveilleux, plus entraînant encore que la première fois et, en constatant le mérite des artistes, on a plus que jamais admiré celui d’un morceau instrumental où la mélodie abonde, et où les cuivres chantent absolument comme des voix.

N°50, du 11 décembre 1853

p.430 : AUDITIONS MUSICALES. Concert donné au bénéfice des incendiés du 7° arrondissement par l’orchestre d’Adolphe Sax. -Première audition de la Marche aux flambeaux - Nouvelle composition de Meyerbeer.- Bien que l’art musical soit, de notre temps, à l’apogée de l’instrumentation, il est peu de compositeurs qui sachent bien manier un orchestre d’instruments en traitant avec un peu de logique une pensée musicale. Dans ce petit nombre se place au premier rang l’auteur de la trilogie lyrique de Robert-le-Diable, les Huguenots et le Prophète. Comme compositeur instrumental et de musique militaire, il résume tous les genres, en conservant son individualité dramatique, dans la Marche ou Danse aux Flambeaux (Fackeltanz), exécutée à Berlin aux fiançailles du prince de Hesse-Cassel avec la princesse Anne de Prusse. Cette marches, que j’ai vu marcher à l’empereur de Russie, tenant une dame par la main, commence dans l’¤uvre de Meyerbeer par un brillant appel de trompettes à l’unisson ; et puis, une entrée générale et splendide de tout l’orchestre annonce aussitôt les magnificences qui vont surgir de cet orchestre à voix guerrières. Tout en conservant la pompeuse gravité de la polonaise, le compositeur se livre aux rythmes les plus capricieux et toujours mélodiques. (...) On remarque surtout, au milieu de ces splendeurs mélodiques, un chant large exécuté par tous les saxophones, qui rivalisent la voix noble et impressionnante des violoncelles. Ce chant est délicieusement accompagné par un trait de trompette en triolets, broderie harmonique de la plus rare élégance. Les imitations répondues à la suite de cette mélodie par d’autres instruments sont pleines de cette grâce scientifique qui plaît tant aux doctes dans tous les genres de musique. L’impression a été telle, que tous les auditeurs, d’une voix unanime, ont demandé bis. Et l’effet de ce drame instrumental a été plus grand encore à la seconde audition.

« Les autres morceaux de ce concert philanthropique ont aussi produit beaucoup d’effet, et ont été vivement applaudis. L’ouverture du Carnaval romain, symphonie pleine de verve et de fantaisie, si bien arrangée par Mohr pour l’orchestre d’Adolphe Sax, et exécutée avec tant de précision et de chaleur, a été saluée de nombreux applaudissements, ainsi que la fantaisie sur Giralda et l’ouverture de Zampa.

« [ensuite, des airs chantés et une fantaisie pour piano et ╚le prélude de Bach arrangé par M. Gounod ╚]

« (...). Enfin, la Bénédiction des poignards, morceau pris dans le quatrième acte des Huguenots, et dramatiquement arrangé pour cet orchestre énergique qui traduisit si bien tous les effets de la scène, a terminé dignement ce beau concert qui a mis en plein relief toute la valeur de l’orchestre de Sax, et réuni au mérite d’une bonne action la première audition de la Marche aux Flambeaux de Meyerbeer.

Henri BLANCHARD

-p.431 : ACADEMIE IMPERIALE DE MUSIQUE - Représentation extraordinaire - La Marche aux Flambeaux : Cette représentation extraordinaire avait pour but de solenniser l’adieu momentané de la Rosati qui, à peine arrivée, s’éloigne de nous, mais pour nous revenir dans peu de mois. (...).

« Ensuite l’admirable orchestre d’Adolphe Sax, sous la direction de M. Mohr, a exécuté cette ravissante fantaisie sur un thème tyrolien, tant applaudie à la salle Sainte-Cécile dimanche dernier [4 décembre], et réapplaudie à l’Opèra, tant pour le mérite de la composition que pour celui de tous ces habiles instrumentistes, qui deviennent solistes chacun à son tour, et se disputent la palme de leur art.

« (...) Aux fragments [du Barbier de Séville chantés par Mme Bosio] a succédé la Marche aux Flambeaux, de Meyerbeer, admirablement rendue, comme à la Sainte-Cécile, par cet excellent orchestre qu’Adolphe Sax est parvenu à former, à discipliner, comme un artiste supérieur était seul en état de le faire. La Marche aux Flambeaux est une grande et belle chose, dans laquelle le génie du maître se retrouve partout. Heureux les princes qui peuvent commander de telle musique, et dont les fiançailles se célèbrent au bruit noble et majestueux d’une telle harmonie ! La Marche aux flambeaux a été saluée, comme elle devait l’être, sur un théâtre qui attend un quatrième ouvrage de l’auteur de Robert-le-Diable, des Huguenots et du Prophète.

R.

N° 52, du 25 décembre 1853

p. 447 : SOCIETE SAINTE CECILE -et auditions musicale- Le second concert en dehors de l’abonnement annuellement consacré à l’exécutions des ¤uvres des compositeurs contemporains, a été donné dimanche dernier [18° décembre] par l’intéressante Association dirigée avec autant de zèle que de talent par M. Séghers.

« (...). Ce finale [une symphonie anonyme], outre plusieurs éléments de succès, avait, au reste celui de l’instrumentation Sax, formant le second orchestre, brillant auxiliaire qui, bien dirigé comme toujours par M. Mohr, a jeté tout l’éclat de sa puissante sonorité sur le dernier morceau de l’¤uvre nouvelle, qui promet, on peut le dire, un bon compositeur de plus à la Belgique. Et à propos des instruments de cuivre rendus souples comme des voix humaines par l’habile facteur, à propos de sa salle, nous ne devons pas oublier... UNE MATINEE MUSICALE DONNEE AU BENEFICE DES ENFANTS DE M. EDOUARD FITTE.

- p. 451 : NOUVELLES.- Dans le concert donné dimanche dernier [18 décembre] au Jardin-d’Hiver par le Ménestrel, l’orchestre de Sax n’a pas produit moins d’effet par son admirable ensemble et la perfection de ses détails qu’à la salle Sainte-Cécile. La Marche aux flambeaux, de Meyerbeer, a continué son succès de vogue et d’enthousiasme.

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