Paule Maurice to Jean-Marie Londeix – November 29, 1960

Paule Maurice à Jean-Marie Londeix – 29 novembre 1960


29 novembre 60.

Cher Monsieur,

ne croyez pas que je vous ai oublié. Je suis désolée d’avoir tellement tardé à vous écrire. Mais à cette époque, chaque jour apporte une charge nouvelle avec les concours et la réorganisation des classes. De plus, nous avons eu beaucoup de soucis familiaux.

Pour en venir aux Tableaux de Provence, voici l’essentiel : Le Cabridan a été composé il y a 12 ans environ pour notre ami Marcel MULE (qui avait donné des leçons de saxophone à mon mari lorsque celui-ci préparait le concours des Sous-chefs). Marcel MULE ayant trouvé le Cabridan trop facile (!) cela m’a incitée à y ajouter une petite cadence. Les autres pièces ont été écrites entre 1952 et 1955. Mon mari est méridional, et quoique native de Paris, je suis Provençale de c’ur. Il y a d’ailleurs plus de 25 ans que je passe les mois d’été dans le Midi. La pièce " Des Alyscamps l’âme soupire " a été écrite sous le coup d’une émotion très douloureuse, en apprenant la mort d’un cousin de mon mari, que nous considérions comme un frère. C’était un être très attachant, bon, intelligent et gai. Sa vie avait été  brisée en 1914 ; il avait été très grièvement blessé. Il vivait retiré en pleine Provence, au milieu des vignes, des pêchers et des oliviers, dans sa " campagne ". Aujourd’hui encore je lui suis reconnaissant pour les heures de poésie que nous avons passées en sa compagnie. C’est grâce à lui que j’ai appris à goûter le vrai charme de la Provence, à aimer le chant strident des cigales, à apprécier la joie de trouver un filet d’eau sous une roche dans un pays où elle est si rare. Je ne peux trouver de mots pour vous dire combien sa disparition a été cruelle pour nous. La pièce que vous aimez a été écrite en deux jours à cette époque. Je suis très sensible au fait que vous ayez deviné qu’un choc émotionnel se trouvait à son origine. Il n’y a aucune indiscrétion dans votre demande.

J'espère que vos conférences auront beaucoup de succès. J’en suis d’ailleurs persuadée avec un interprète tel que vous ! Merci de vous intéresser toujours à mes Tableaux. Mon marie se joint à moi pour vous exprimer nos sentiments bien amicaux.

Paule MAURICE.

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29 November 1960

Dear Sir,

Don't think for a moment that I've forgotten you. I'm really very sorry to have been so late in writing to you. But, at this time, every day brings new responsibilities involving examinations and the reorganization of classes - what's more, we have also had quite a few problems within the family.

Getting right to Tableaux de Provence, here are the essential details: Le Cabridan was written about twelve years ago for our friend Marcel Mule (who gave saxophone lessons to my husband while he was preparing for an examination as an assistant director). When Marcel Mule found the Cabridan to be too easy (!), it prompted me to add a small cadenza. The other movements were written between 1952 and 1955. My husband is a Southerner, and although I was born in Paris I'm Provençale at heart. I’ve been spending the summer months in the South for over 25 years. The movement Des Alyscamps l'âme soupire was written under a flood of grief and sorrow upon learning of the death of one of my husband's cousins, who was like a brother to us. He was a person that drew others to him - intelligent and cheerful. His life was shattered in 1914, when he was seriously wounded in the war. He then lived a secluded life deep inside Provence, in the midst of the vineyards, the peach and the olive orchards - his "country". Even today I'm still grateful to him for the hours of poetry that we enjoyed in his company. It is thanks to him that I discovered the true charm of Provence, to love the shrill song of the cicadas, to appreciate the joy of finding a drop of water beneath a rock in a country where moisture is so precious. I cannot find the words to tell you how cruel his loss was to us. The movement that you like so much was written over a period of two days during this time. I’m very touched by the fact that you guessed that an emotional shock was behind its creation - your question was in no way indiscreet.

I hope that your presentations are successful. With an artist such as you, it is virtually guaranteed. As always, thank you for expressing your interest in my Tableaux - my husband joins me in sending our warmest regards.

Paule Maurice

Translation by Alfredo Mendoza,William Street, and Jennie Wood, University of Alberta

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